La video surveillance à Marseille

À Marseille, des caméras ciblent Roms et gens du voyage

Cinq sites de vidéo-surveillance prévus par la mairie de Marseille affichent comme objectif les Roms et gens du voyage. L’association Rencontres Tsiganes est choquée par cette « discrimination ethnique dans un document officiel ». De son côté, la commission nationale informatique et liberté (Cnil) évoque « une stigmatisation ».

MarsActu/Jean-Marie Leforestier
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Risques de braquage, axes routiers facilitant la fuite, lieux touristiques ou équipements publics où des actes de délinquance ont été recensés… Chacune des 407 caméras que la mairie va installer dans tout Marseille dispose d’une fiche précisant quelques « objectifs du site ». Que la collectivité ait réfléchi au choix de sites pertinents, en s’appuyant principalement sur les statistiques et les demandes de la police nationale, c’est rassurant. Ce document qui figure dans les annexes de l’appel d’offres clôturé le 28 juin – c’est-à-dire le dossier technique communiqué aux entreprises candidates – réserve toutefois une surprise : parmi les objectifs assignés aux caméras figurent à cinq reprises les mentions « Roms » et « gens du voyage ».

« De la discrimination ethnique dans un document officiel, résume Jean-Paul Kopp, président de Rencontres Tsiganes. C’est consternant. On va exiger une modification de ces fiches. » Contacté, le service juridique de la commission nationale informatique et libertés (Cnil) met en garde contre « une stigmatisation ciblant des catégories, notamment raciales ou ethniques ». L’organisme, qui a publié l’année dernière un guide de bonnes pratiques sur la vidéo-protection avec l’association des maires de France, rappelle que la loi informatique et liberté interdit de recueillir et traiter ce genre de données qui « vise un type de population ».
« Ce n’est pas nécessaire (…) ce n’est pas pertinent », insiste notre interlocuteur. D’autant plus que dans ce domaine particulier, « on assimile une fois de plus ces populations à la délinquance », se désole Jean-Paul Kopp. Sollicitée par nos soins, la Ville n’a pas donné suite à nos demandes d’interview. En l’absence de réponse de leur part, il est difficile de savoir d’où viennent ces mentions. Elles étonnent en tout cas à la préfecture de police, soutien technique et co-financeur à 50% du dispositif.

« Personne n’a fait tilt ? »

Mais là n’est pas le problème principal pour le militant associatif : « Ce qui me choque, ce n’est pas tant que quelqu’un ait fait une bêtise, mais que personne n’ait fait tilt ? Ce document a bien été relu… On a l’impression qu’ils ne se rendent même plus compte. » Une absence de réaction qu’il lie au climat d’impunité qui entoure les déclarations sur les Roms, le dernier exemple en date étant Christian Estrosi. « Et s’il y avait marqué juifs, noirs, Comoriens ou gays ? On n’a plus l’impression que la loi protège contre le racisme ».
Au passage, l’appel d’offres de la mairie « fait encore un amalgame entre Roms et gens du voyage », note-t-il. En effet, nulle trace de « voyageurs » parmi les occupants de la caserne Cardot, à qui une caméra semble tout particulièrement destinée. Sans parler de l’inutilité d’un tel dispositif pour une population mobile au gré des expulsions, celle des habitants de Cardot étant d’ores et déjà prévue pour cet été…
Les cinq fiches qui ciblent « Roms » ou « gens du voyage »