A Génolhac : « Un escandalle public »

Génolhac, janvier 1696…
« Un escandalle public » selon le curé et le prieur des Dominicains :

Des bohémiennes dansent la nuit dans diverses maisons…
Et sous ces prétextes, il se pourrait faire quelque chose de pire…

 Au début de 1696, une information est ouverte contre plusieurs habitants de Génolhac, à cause de leurs relations avec des Bohémiens qui séjournent dans cette ville.
Le curé et le prieur des Dominicains se plaignent d’un « escandalle public » ; on dit que les Bohémiennes dansent, la nuit, dans diverses maisons, et l’on appréhende que, « sous ces prétextes, il se pourrait faire quelque chose de pire ».
Pierre de Leyris, conseiller du Roi, maire perpétuel et juge en la baronnie de Génolhac pour l’évêque et comte d’Uzès, est chargé de faire respecter les termes de la déclaration royale.
Dès son arrivée en ville, le vendredi 20 janvier 1696, il est mis au courant des détails de l’affaire et prend contact avec les autorités locales.
Or, le premier consul, Jean-Pierre André, notaire du lieu, n’a pas osé expulser les indésirables, car des notables les protègent.
Tout d’abord, le capitaine de bourgeoisie, qui s’appelle Jean-Baptiste de Narbonne, seigneur de Florensac. Il a lui-même, dit-on, introduit ces gens dans la ville, leur a procuré un logis, et fait danser les femmes chez lui. Le juge est conduit à un endroit où l’on fait, d’habitude, sécher les châtaignes.
Il aperçoit autour d’un feu plusieurs Bohémiennes et un garçon de bonne taille, habillé de bleu, couché sur une paillasse ; l’homme déclare être bohémien et enrôlé par M. le marquis de Morangiès (c’est-à-dire Charles de Molette, marquis de Morangiès, d’une famille languedocienne, devenu colonel d’un régiment d’infanterie de son nom par commission du 16 avril 1695).
Cette assertion étant confirmée, le juge n’ose arrêter le soldat, mais il enjoint aux femmes de quitter la ville sur-le-champ.
Là-dessus, Florensac arrive ; il jure que les femmes ne partiront pas avant le lundi suivant, qu’il est le maître. Il s’emporte, donne un soufflet au juge, le prend au collet de son justaucorps, jette son chapeau à terre et arrache sa perruque ; puis il court chercher son épée et ameuter ses amis. Le petit groupe des représentants de l’ordre demande en vain à l’apothicaire Polge et à son associé Castanier de lui prêter main-forte. Ils refusent. Des artisans refusent aussi. On s’adresse, sans plus de succès, au sieur Roche, lieutenant de bourgeoisie, au sieur de Vernissac et au sieur de Fontgival. Ce dernier (Antoine-Hercule de Leyris, sieur de Fontgival) s’oppose avec véhémence à l’expulsion des Bohémiennes, traite le juge de malhonnête homme et menace de le bâtonner.
Menaces semblables de la part de Charles de Narbonne, sieur de la Bessède, frère du sieur de Florensac, du sieur de Montlebourg, de l’apothicaire Polge. Le pauvre juge ne peut rien faire de mieux que de se réfugier dans la maison claustrale qui sert de maison commune de Génolhac, d’y passer la nuit, de crainte de mauvais coup, et d’y rédiger son procès-verbal. Le dimanche suivant, les Dominicains sont insultés dans leur couvent et, pendant la nuit, la porte de leur jardin est défoncée, le jardin mis au pillage. L’on pense que ces ravages sont l’oeuvre, sinon de la bande bohémienne, du moins de ses protecteurs…